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Publié par Jean-Jacques BENOÎT

La souveraineté nationale est-elle une valeur de gauche?

Poser cette question il y a une vingtaine d'années aurait été perçue, à gauche, comme une bêtise, tant l'idée de la souveraineté nationale pouvait apparaître comme fondateur de la gauche elle-même.

Il n'est qu'à rappeler l'Histoire de notre nation dans laquelle la gauche et la République se sont fondés: de Valmy à la lutte contre les émigrés, de la Commune de Paris à Jaurès, du Front Populaire au programme du Conseil National de la Résistance, la gauche a toujours fait sienne la défense de la patrie et la transformation de notre pays.

Cette interrogation apparaît depuis une trentaine d'années autour de l'idée que la supranationalité européenne - les Etats-Unis d'Europe - pourra "dépasser" le seul cadre des nations aujourd'hui constituées. Puissance économique, libre circulation des marchandises, des biens et des hommes, idée d'une "défense européenne", politique agricole, Europe sociale, proposition d'une Constitution supranationale, ce sont là des projets ou réalités mises en oeuvre depuis quelques décennies.

Les effets en sont nombreux dans la transformation des institutions locales et nationales posant à chaque niveau comment les citoyens peuvent intervenir ou non sur les choix, le dernier Printemps d'Athènes ayant mis en lumière où vont les intérêts de cette Union.

Car là est le bât qui blesse, et peut tuer cette construction qui ne veut pas entendre qu'un peuple puisse décider par lui-même ce qu'il veut pour lui quoi qu'on puisse en penser par ailleurs. C'est là toute la différence - centrale - entre une construction confédérale par des nations qui coopèrent (exemple Airbus), ou une construction fédérale, où les peuples n'ont pas suffisamment ce droit de parole national.

"Europe sociale", tel fut pendant une vingtaine d'années le slogan de certains fédéralistes de gauche, qui voulaient substituer le projet de transformation sociale d'une sorte d'Etat fédéral européen à celui, dit dépassé et archaïque, de l'Etat-Nation. Plus personne ne parle trop de cette Europe sociale à construire, sinon dans des campagnes électorales, car elle semble lointaine et peu en rapport avec la puissance économique qui a vu le jour grâce à l'euro. Elle est mise de côté. Or, c'est bien dans cette nation française, avec ses consensus et ses avancées, que s'est formé ce que l'on appelle la pacte républicain dont la gauche est pleinement partie prenante.

Au projet de transformation du pays, le tournant de 1983 et de l'Acte Unique a substitué l'horizon européen très libéral du "laissez faire, laissez passer", peu fonctionnel en période de crise économique et migratoire. Nous vivons cela en ce moment, et cela va durer, qui plonge la gauche notamment dans de profondes contradictions idéologiques, symboliques, et de stratégie.

Restent les politiques étrangères et de défense, tellement importantes quand le monde va mal. L'exemple de la juste intervention de la France au Mali pour empêcher les islamistes fanatiques de prendre le contrôle de Bamako est l'illustration de l'illusion d'une politique étrangère supranationale. On n'imagine pas non plus la France accepter de discuter de sa position avec d'autres pays au Conseil de Sécurité, par exemple sur l'intervention en Irak. Simultanément, la coopération, surtout en Europe, sur le pourtour de la Méditerranée, en Afrique ou avec la Russie, doit se développer. La France peut être à l'initiative dans bien des domaines.

La souveraineté nationale, c'est enfin l'idée que le territoire national - on l'appelle "la France" ! - est le bien le plus précieux de notre peuple. Il ne faut jamais l'oublier!

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