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Publié par Jean-Jacques BENOÎT

Syrie: la France rame!

La ligne Hollande-Fabius devient de plus en plus problématique et abaisse l'influence stratégique de la France, dans un jeu perdant-perdant avec les USA.

On a dit tout d'abord que nos avions n'interviendraient qu'en Irak, et puis voilà qu'on change d'avis devant les percées au sol de l'Etat Islamique. Notre intervention en Syrie est anecdotique en terme de puissance réelle comparée à celle des USA, et dans le temps et dans les fréquences. Mais nous intervenons en "toute autonomie", alors que chacun sait que c'est une vaste blague. Mais c'est la parole officielle française: cela voudrait-il dire que nous intervenons dans un pays étranger - la Syrie - sans l'accord de ce pays?

On dit ensuite que nous ne voulons pas de concertation stratégique avec le régime syrien en place, au nom de la morale. Sauf que dans cette guerre, comme dans bien d'autres, si on ne choisit pas son ennemi principal, et donc de fait ensuite ses alliés, on se condamne à la défaite.

Voilà pourquoi, entre un Obama rétif à toute intervention après les guerres d'Irak et d'Afghanistan et une France qui ne sait pas rassembler sur un objectif prioritaire - l'Etat islamique -, la diplomatie française connaît bien des difficultés.

Nous avons cru pouvoir nous appuyer, après une forme de retrait des USA de la péninsule arabique, sur une alliance avec l'Arabie, le Qatar et les Emirats, nonobstant le soutien discret d'Israël contre l'Iran. Cette politique nous permettait de plus de vendre des armes, des Rafale, et de conforter notre croissance intérieure.

Hélas! Cette ligne a trouvé ses limites lors de l'accord sur la non-prolifération nucléaire avec l'Iran, et Israël a vite compris qu'un bon accord avec les Russes assuraient mieux son avenir sur la Syrie et le Golan.

Aujourd'hui, la Russie est à la manoeuvre, n'en déplaise à l'OTAN, et la France paie cher ses choix stratégiques (vente des Mistral, débouchés agricoles, Ukraine, guerre en Syrie).

Sans compter l'épineuse question kurde, que nous ne savons trop par quel bout prendre, et je conviens qu'elle est difficile. Autant de questions kurdes que de pays - Irak, Syrie, Turquie, mais aussi Iran -, posant à chaque fois le problème de la nature fédérale ou non des Etats à construire. Devons-nous les armer ou pas, et pour quoi faire?

A vouloir trop s'appuyer sur l'Arabie Saoudite, et donc aussi de fait sur la Turquie, la France joue un jeu très ambigu. Par exemple, on critique les bombardements russes sur l'"opposition" en Syrie (en fait Al Qaïda), et on participe à la coalition pro saoudienne au Yémen sensée combattre et les chiites et Al Qaïda. Mais à chaque fois, nous sommes dans la main des Saoudiens, dont on connaît l'exemplarité en de nombreux domaines.

En ce moment, à-travers la Turquie, les USA, l'Otan et a France essaie de contre-carrer le jeu russe, et sa percée en Méditerrannée que les politiques américaines et européennes ont permis par manque de réalisme, de lucidité et d'anticipation.

Plus globalement, la France - ainsi que l'avait fait le Général de Gaulle et F. Mitterrand avec H. Védrine), doit pleinement se penser comme pays européen indépendant qui n'a pas à être le meilleur élève de l'OTAN. La politique étrangère de la France doit être réorientée, sinon nous risquons d'être obligés de le faire sous la force des évènements.

Décidément, la France rame à perdre haleine!

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