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Publié par Jean-Jacques Benoît

 

 

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"Je n'ai ni tué, ni volé. Mais pour la justice de mon pays, j'ai fait bien pire: je suis une blasphématrice. Le crime des crimes. On m'accuse d'avoir mal parlé du Prophète. (...) Mais je n'ai pas blasphémé. Je suis innocente."

 

C'est le journal "Jeune Afrique" qui nous rapporte ces mots de la malheureuse victime Asia Bibi, condamnée à mort.

 

Dans un livre terrible et en même temps magnifique  - "Blasphème" - écrit en collaboration avec la journaliste française Anne-Isabelle Tollet qui lui prête sa main, Asia Bibi lance un appel au secours à la communauté internationale, et retrace ce jour du 19 juin 2009.

 

Asia est une ouvrière agricole qui vend sa force de travail à de grands propriétaires. Ce 19 juin, elle participe à la cueillette des baies et comme il fait très chaud, veut aller boire un peu d'eau fraîche au puits le plus proche. Celui-ci est "réservé" aux musulmans. Etonnante pratique qui fait que la chrétienne Asia ne peut s'y désaltérer! Une violente dispute s'ensuit avec ses voisines villageoises musulmanes. Elle aurait "sali" l'eau en se désaltérant au puits!

 

Cette attitude des villageoises nous surprend beaucoup, mais pour comprendre il faut savoir que le régime hindouiste des castes a été repris par la religion musulmane au Pakistan. Quant aux chrétiens, ils sont historiquement issus des basses castes. Voilà pourquoi l'eau est "salie" par cette femme, pauvre et chrétienne. Qui plus est, dans la dispute, Asia a osé comparer Jésus au Prophète Mahomet!

 

Elle est emmenée dans la prison locale dès le lendemain, et en novembre 2010, elle est condamnée à la peine de mort. Depuis, elle  reste emprisonnée dans la prison de Sheikhupura, "dans une cellule de deux mètres sur trois sans fenêtre, un lit de cordes, sans vêtement de rechange, sans toilettes, dans le noir et sans possibilité de sortir", nous dit "Jeune Afrique". La Haute Cour de Justice doit statuer sur son appel, mais Asia Bibi devient dans son combat un symbole de la liberté de conscience.

 

Depuis deux ans, le Pakistan est en butte à l'offensive meurtrière des talibans autour de cette question du blasphème: assassinat du Gouverneur du Pendjab, Salman Taaser, qui s'opposait à la "loi sur le blasphème" instituée en 1986 pour brimer les minorités non-musulmanes. Il venait de rencontrer Asia BIbi en demandant sa grâce au Président pakistanais juste avant son assassinat.

 

Des députés sont menacés, de tous partis, des hommes politiques locaux sont passés par les armes, et la récente exécution de Ben Laden ajoute à la farouche opposition des forces islamiques les plus intégristes à un  gouvernement incertain.

 

"Blasphème" s'achève ainsi:

 

"Je ne suis qu'une femme parmi l'océan des femmes de ce monde, mais je crois humblement que mon calvaire en rappelle d'autres. Racontez ce qui m'est arrivé autour de vous. Faites-le savoir. Je crois que c'est ma seule chance de ne pas mourir au fond de ce cachot. J'ai besoin de vous! Sauvez-moi!"

 

Il faut sauver Asia Bibi!

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