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Publié par Jean-Jacques Benoît

 

 

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Il était l'un des héros de mon père.

 

Est-ce pour cela que sa disparition me touche plus que d'autres aujourd'hui? Sans doute. Cependant, nourri moi aussi à la vie de cet homme, je ne peux m'empêcher de penser à cette existence extraordinaire à plus d'un titre.

 

Petit-fils d'Antonio Maura, ancien Président du Gouvernement libéral espagnol en 1886, Semprun représentera la République espagnole, tout jeune encore,  aux Pays-Bas. Résistant, déporté à Büchenwald, militant du Parti Communiste Espagnol, il est exclu de ce dernier en 1964.

 

Il se consacre alors à l'écriture, auteur de très nombreux ouvrages, dont "La deuxième mort de Ramon Mercader", qui lui vaudra le Prix Fémina en 1969. Mais peut-être que son plus grand livre fut "Le grand voyage" en 1963, histoire d'une déportation. Et encore "Adieu, vive clarté" (1998) ou encore "L'homme européen" (2005). Il collabore aussi à plusieurs films au cinéma.

 

Il fut également Ministre de la Culture du Gouvernement de Felipe Gonzalez de 1988 à 1991.

 

Semprun, intellectuel et acteur des déchirures du  siècle dernier, de la République espagnole à Büchenwald, des ors des ministères à l'écriture souvent belle et pleine d'interrogations philosophiques sur la vie, la mort, la nature de l'homme, l'espoir, nous a quittés doucement. Sa belle voix rocailleuse, parfois dure des cruautés vécues de la vie, était d'une humanité tendre lorsqu'il parlait des hommes et femmes rencontrées.

 

J'ai en souvenir que, répondant à une question d'un journaliste lui demandant ce qui l'avait le plus marqué dans les camps de la mort hitlériens, il répondit à peu près ceci: "L'odeur du four crématoire, que reconnaissent tous les déportés, d'où qu'ils soient!" Cruauté de la vie, et humanité des propos.

 

Semprun était ainsi: il ne cachait rien de ses enthousiasmes, de la dureté de l'Histoire vécue, pour mieux s'enthousiasmer dans l'espoir de causes nouvelles pour le bien de l'humanité. En sachant que la vie est dure, mais que la culture peut tenter de remédier à cela.

 

Sa vie, ses écrits et sa voix nous seront encore utiles longtemps.

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