Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Jean-Jacques Benoît

 

 

Espagne 1936, Lybie 2011.

 

L'Histoire bafouille ses souvenirs. Intervention ou non-intervention? Les démocraties hésitent alors que le pétrole de Khadafi coule toujours et alimente ses caisses, comme nous le révèle le "Financial Times".

 

Brigades internationales? Qui irait mourir pour Benghazi en Occident ou en Orient? Ainsi va la vie de nos démocraties européennes, ainsi va notre vie occupée par d'autres sujets d'actualité.

 

La nouvelle liberté des peuples arabes, leurs exigences mettent à nu ce que nous sommes et nos discours, à droite comme à gauche.

 

La chute du Mur de Berlin fut une crise géo-stratégique centrale de cette remise en cause. En somme, jusqu'en 1989, quel fut le discours fondateur des démocraties europénnes? La reprise des valeurs mélangées de la démocratie anglaise et de la Révolution française, qu'elle se nomme ou non République, certes avec des variantes, mais ne remettant pas en cause l'essentiel démocratique. Cette vision assumée de la société est basée sur des formes d'alliance et de combat capital-travail entre couches et classes sociales mais ne dérangeant pas trop cet "essentiel démocratique". 

 

Ce partage des richesses en France et dans les démocraties de l'Ouest de l'Europe a profité à toutes les classes sociales - et d'abord aux classes possédantes, mais pas seulement dans la répartition des "fruits de la croissance". La crise pétrolière de 1973 éclata aux yeux du monde comme manifestation de l'éveil assumé des peuples pour de nouvelles répartitions des richesses du monde. Dans cette Europe d'alors qui se construit, la France se caractérise dans les Trente Glorieuses par l'idéologie de la "Françafrique", c'est-à-dire d'un pétrole bon marché servant au développement de notre pays, en contre-partie d'une Afrique certes indépendante mais sous contrôle.

 

Et dans le  même temps , nous parlons droit des peuples à disposer d'eux-mêmes de Québec à Phnom-Penh, nous reconnaissons la Chine et nous nous targuons d'une "politique arabe". L'arrivée de la Gauche au pouvoir ne changera pas ces données fondamentales.

 

La chute du Mur va amener un élargissement important de l'Union Européenne, sans préparation suffisante. Cet élargissement sera profitable à l'influence des Etats-Unis (cf OTAN), au marché-roi, et à une polique sécuritaire d'une Europe-forteresse à protéger (Schengen), mais pas vraiment à l'affirmation une stratégie politique d'ensemble du continent européen. Sans doute faut-il nous protéger, mais pas forcément contre ceux que nous avons désignés comme étant les responsables de tous nos maux pendant ces vingt dernières années. Qu'il se nomme plombier polonais, gitan, ou immigré arabe. Hélas! Le projet de Constitution Européenne n'allait pas dans ce sens-là non plus. Cette absence d'Europe politique commandant à l'économie et à la politique étrangère donne des résultats catastrophiques.

 

La révolution démocratique arabe met à nu nos fondements de doctrine.

 

Nous voudrions refuser  à des hommes et des femmes de venir sur notre sol - alors que nous devrions par exemple avoir une politique très ambitieuse d'accueil d'étudiants et de professeurs étrangers dans nos universités, ce que nous n'avons pas! - au nom de ce que nous disons être nos principes souverains de base, les droits de l'homme? Mais au nom de quelle cohérence des droits de l'Homme et du Citoyen? La France, ce n'est pas le bateau de retour de Brunel et Le Pen!

 

Nous ergotons, et refusons de fait toute forme d'aide militaire nécessaire à la Lybie, nous soumettant aux ordres de l'Allemagne, attendant alors une victoire mlilitaire de Khadafi. Nous rappelant l'Espagne et la politique de non-intervention d'alors, quelle différence entre Franco et Kadhafi? Je ne sais pas si un Picasso lybien nous peindra un jour les massacres de son pays, mais Zaouia n'a rien à envier - helas! - à Guernica.

 

L'Europe peut-elle assumer la défaite politique et militaire devant Kadhafi? Ou alors est-ce au nom des intérêts non-dits de verrouillage du nord de l'Afrique pour nous laisser dormir tranquilles dans notre forteresse? Est-ce cela notre politique, revendiquée d'ailleurs par Roland Dumas?

 

L'Europe est vacillante dans ses approches, du Danemark à l'Autriche, des Pays-Bas à l'Italie, de l'Allemagne à la Grèce. Seule peut-être l'Espagne a semblé réagir autrement. Vieillissante, mal dans sa peau, plus soucieuse de ses avantages que des ambitions de sa jeunesse, elle hésite, se fait peur, et se regarde dans le miroir avec la nostalgie perdue du meilleur de son Histoire montrant la voie de la liberté et de la dignité de l'être humain.

 

L'Europe doit retrouver le chemin de l'ambition politique généreuse, de l'alliance avec les peuples du monde, et des projets multiples avec eux. Non pas leur tourner le dos, mais leur tendre la main, proposer aux peuples du pourtour méditerranéen d'être des partenaires privilégiés de l'Europe. Mais il faut un autre discours à ces peuples que de leur refuser toute migration, ou de ne choisir que ceux que l'on veut chez nous, ou des politiques néo-colonialistes de quotas.

 

Nous avons à inventer avec eux nos nouveaux échanges pour ce 21è siècle!

 

La prochaine campagne des Présidentielles ne pourra pas faire l'économie de ces questions.

 

Merci à ces hommes et femmes - et hommage respectueux à tous leurs martyrs - de Tunisie, d'Egypte, de Lybie, d'Oman, du Yémen, de Jordanie, d'Iran, d'Arabie Saoudite, d'Algérie, du Maroc, d'Irak, de Bahrein et d'ailleurs encore de nous interroger sur ce que nous sommes.

 

Quels citoyens du monde voulons-nous être?

 

De quels habits voulons-nous nous vêtir?

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article