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Publié par Jean-Jacques Benoît

 

En réaction aux propos racistes du parfumeur Guerlain sur les ondes, Audrey Pulvar a justement réagi vivement, et a dédié un poème de Césaire à ce monsieur.

On ne peut s'empêcher de penser, en écho de ce poème, aux tristes propos du Président de la République dans son désormais fameux discours de Dakar.

 

 

Mot.

 

Parmi moi

de moi-même

à moi-même

hors de toute constellation

en mes mains serré seulement

le rare hoquet d'un ultime spasme délirant

vibre mot

j'aurai chance hors du labyrinthe

plus long plus large vibre

en ondes de plus en plus serrées

en lasso où me prendre

en corde où me pendre

et que me clouent toutes les flèches

et leur curare le plus amer

au beau poteau - mitan de très fraîches étoiles

vibre

vibre essence même de l'ombre

en ailes en gosier c'est à force de périr

le mot nègre

sorti tout armé du hurlement

d'une fleur vénéneuse

le mot nègre

tout pouacre de parasites

le mot nègre

tout plein de brigands qui rôdent

de mères qui crient

d'enfants qui pleurent

le mot nègre

un grésillement de chairs qui brûlent

âcre et de corne

le mot nègre

comme le soleil qui saigne de la griffe

sur le trottoir des nuages

le mot nègre

comme le dernier rire vêlé de l'innocence

entre les crocs du tigre

et comme le soleil est un claquement de balles

et comme le mot nuit un taffetas qu'on déchire

le mot nègre

dru

savez-vous

du tonnerre d'un été

que s'arrogent

des libertés incrédules.

 

 

Aimé Césaire.

 

 

 

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