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Publié par Jean-Jacques Benoît

 

FranceBouchons020808.jpgC'est sous ce titre que le journal "Sud-Ouest" a publié le 28 décembre 2010 des extraits importants d'un article " La voiture ou la bagnole" écrit par Alain Anziani, Philippe Plisson, Marie Récalde et moi-même. 

Le voici dans son intégralité. 

 

 

La prise de conscience des épreuves écologiques de la planète, la fin programmée des ressources pétrolières et minérales nous imposent une modification radicale de nos comportements et de notre organisation de transport. Il faut une révolution des habitudes. Elle sera au moins aussi difficile que celle qui a organisé dans le monde rural la collecte et le traitement des déchets jetés jusqu'alors sur la "pile de fumier".

 

L'Etat et l'Europe diffèrent des décisions incontournables. La taxe camion aux frontières, qui fixait un juste prix pour ce mode de transport, a été reportée, alors que la fermeture des lignes de frêt de la SNCF se poursuit au nom de la sacro-sainte rentabilité. Pourtant, chaque jour, les engorgements routiers, exponentiels aux heures d'embauche, posent avec acuité la question: quel avenir pour la voiture?

 

Nous ne devons pas diaboliser la voiture, souvent perçue comme accessoire de la liberté d'aller et venir, ni l'innocenter de ses effets néfastes pour l'environnement.

 

Dans notre département comme ailleurs, la stratégie des transports ne peut se fonder sur "un tout ou rien". Nous devons proposer aux usagers des solutions de mobilité, adaptées à leurs besoins individuels comme aux enjeux planétaires collectifs. Les réalités sociales, territoriales, le bilan carbone ne sont pas les mêmes sur tout le territoire.

 

En ville, les désagréments du trop de voitures ne se résument pas aux seuls dégâts pour le climat: congestion, accidents, dégradation du paysage urbain, énervements, stress, perte de temps, incivilités, pollution... La solution passe nécessairement par le développement et la coordination des transports en commun. Le tramway a constitué un virage majeur, mais il reste à développer son maillage et à relier, de façon plus douce, le territoire de la CUB à l'ensemble du département et aux territoires voisins. Le vélo, avec VCUB, par exemple, doit également trouver sa place. De même que les véhicules non-polluants, notamment pour les transports en commun.

 

Le TGV ou les TER s'intègrent dans ce disposotif. Ce mode de transport reste, après la marche ou le vélo, le moins émetteur de gaz à effet de serre. Il constitue le meilleur outil pour décongestionner le trafic automobile en matière d'entrée des marchandises dans la ville. Ces dernières années, les divers plans de renforcement du frêt ferroviaire ont été des échecs relatifs. Pour notre agglomération, des solutions analogues à celles prises dans d'autres villes peuvent être envisagées. A Paris, la majeure partie de l'approvisionnement de certains commerces de proximité s'effectue de façon douce, au moyen d'un transport ferroviaire entre des entrepôts situés à la periphérie, même lointaine, et des halles de déchargement au coeur de la ville. Les marchandises sont ensuite livrées aux magasins par des camions à consommation réduite en énergie. Dans ce dispositif, la mise en place d'un péage urbain aux entrées de ville deviendra dans les prochaines années une question à laquelle les responsables publics seront confrontés. Aucune réponse positive ne pourra être donnée tant que l'accès au transport collectif ne sera pas garanti à proximité des lieux d'habitation ou d'activité.

 

Ces sollutions "urbaines" ne répondent pas aux besoins de territoires plus vastes, en particulier dans le monde rural. Ici encore, un développement de transport ferroviaire de voyageurs et de marchandises est nécessaire. Pour longtemps, - nous savons que le temps des infrastructures est particulièrement long et son coût considérable - il restera de toute évidence limité.

 

Dans cette période de transition, nous sommes contraints de mettre en oeuvre d'autres solutions. Aucun responsable ne peut se satisfaire de voir les populations les plus humbles, souvent poussées hors de la CUB par la cherté des logements et des terrains être de nouveau les souffre-douleurs de cette situation, encastrées matins et soirs dans les embouteillages et demain les victimes de la double peine quand viendra inéluctablement la mise en place lâchement repoussée de la taxe carbone. Il faut donc ouvrir très rapidement une réflexion dans chaque territoire girondin pour trouver ensemble une réponse adaptée au plus près des besoins et en rapport avec les spécificités locales. Le Conseil Général qui a la compétence transport se pose donc comme chef d'orchestre des schémas de cohérence territoriale qui seront mis en oeuvre dans tous les territoires girondins en application de la loi du Grenelle.

 

Les pistes ouvertes par le département dans la première couronne de Bordeaux doivent être généralisées: navettes légères et rapides de rabattement vers les gares, utilisation des voies d'eau (exemple: hydro-glisseur sur l'Estuaire), avec un seul ticket à un prix modique pour le bus, le train, ou le bateau et le tramway.

 

Parallèlement, nous devons réinventer la voiture, en la rendant moins polluante et en développant des usages plus collectifs. Les dispositifs sont encore sous-exploités: autopartage, covoiturage, voitures électriques en libre-service... Ils nécessitent une politique publique d'aide aux particuliers pour permettre par exemple à ces derniers de s'équiper de station de recharge individuelle ou de disposer d'un point de passage à proximité. Ici encore, le maillage territorial est capital, et les zones rurales ne doivent pas être oubliées.

 

L'urgence commande: l'heure n'est pas à la nostalgie ni aux incantantions, mais à une action énergique, concertée, programmée. Si nous continuons à subir les évènements, nous subirons la catastrophe écologique annoncée. Si nous réorientons nos comportements et nos politiques, nous entrerons dans un nouveau cycle de développement conciliant à la fois les contraintes économiques, sociales et environnementales. Nous préparerons l'avenir.

 

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