Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Jean-Jacques Benoît

 

 

En début de chaque mois, je vous fais part de cinq livres qui m'ont procuré plaisir et réflexions au cours du mois précédent. J'appelle ce moment mon quintet lecture. Le voici pour mars avec un court extrait illustrant chaque ouvrage.

 



Milan KUNDERA - La lenteur.

 

la lenteur3144"Je regarde dans le rétroviseur: toujours la même voiture qui ne peut me doubler à cause de la circulation en sens inverse. A côté du chauffeur est assise une femme; pourquoi l'homme ne lui raconte-t-il pas quelque chose de drôle? Pourquoi ne pose-t-il pas la paume sur son genou? Au lieu de cela il maudit l'automobiliste qui, devant lui, ne roule pas assez vite, et la femme ne pense pas non plus à toucher le chauffeur de la main, elle conduit mentalement avec lui et me maudit elle aussi.

Et je pense à cet autre voyage de Paris vers un château de campagne, qui a eu lieu il y a plus de deux cents ans, le voyage de madame de T. et du jeune chevalier qui l'accompagnait. C'est la première fois qu'ils sont si près l'un de l'autre, et l'indicible ambiance sensuelle qui les entoure naît justement de la lenteur de la cadence: balancés par le mouvement du carrosse, les deux corps se touchent, d'abord à leur insu, puis à leur su, et l'histoire se noue."

 

 

Jacques GIRAULT - Bordeaux et la Commune.

 

genere-miniature"Le 18 avril, alors que rien ne laissait prévoir une recrudescence des tensions, de graves évènements se produisent.

La situation s'est considérablement aggravée depuis hier. La nuit a été très agitée. Nous avons une rude journée à passer. Peut-être, cependant, la popularité du maire peut tout sauver.

La presse, les divers rapports des autorités civiles et militaires permettent de faire le point. Le matin du 18, de nombreux groupes stationnent devant la caserne du cours des Fossés, "composés de gens à la mine patibulaire". La discussion s'engage autour des affiches. Des échauffourées se produisent. En fin de matinée, la foule grossit, "la présence de la troupe dans la rue fut nécessaire". En début d'après-midi, un bataillon de la Garde Nationale défile: "Quelques citoyens portent la crosse en l'air; d'autres avaient le képi au bout du canon. Ce fut alors une explosion de cris, de vociférations de la part de la foule" rapporte le lieutenant-colonel qui a entendu crier "Vive la Commune! Vive la crosse en l'air!". Le commissaire de police précise que le 6è Bataillon de la Garde Nationale "défile devant la caserne, la crosse en l'air aux cris de "Vive la République!" mêlés de ceux de "Vive la Commune fédérale!""

 

 

Tzvetan TODOROV - La vie commune.

 

TODOROV-vie-Commune.jpg"Si l'on prend connaissance des grands courants de la pensée philosophique européenne concernant la définition de ce qui est humain, une conclusion curieuse se dégage: la dimension sociale, le fait de la vie en commun, n'est généralement pas conçue comme étant nécessaire à l'homme. Cette "thèse" ne se présente cependant pas comme telle; elle est plutôt un présupposé qui reste non formulé et que, pour cette raison même, son auteur n'a pas l'occasion d'argumenter; nous l'acceptons d'autant plus facilement. De surcroît, elle forme le dénominateur commun de théories qui, par ailleurs, s'opposent et se combattent: quel que soit le parti que l'on prend dans ces conflits, on y embrasse toujours une définition solitaire, non sociale de l'homme.

Les diverses versions de cette vision asociale sont faciles à identifier."

 

 

Alessandro GIRAFFI - La Révolution de Naples.

 

arton3609-c88c3.jpg"Après cela, il se mit en route, à la tête de la masse populaire qui grossissait au fur et à mesure de la marche, tandis que toutes les boutiques et les maisons fermaient et que devant un évènement aussi inopiné chacun restait ébahi, croyant plutôt rêver que voir réellement de ses yeux. C'est pourquoi, dans un bel ensemble, plusieurs milliers de personnes se dirigèrent vers d'autres quartiers où se trouvaient les maisons des taxes, taxes des fruits, de la farine, de la viande, du poisson, du sel, du vin, de l'huile, du fromage, de la soie et d'autres denrées comestibles ou non comestibles, sans en négliger aucune. Ils en retirèrent alors les écritures, les registres des denrées et des sorties relatifs aux dites taxes ainsi que tous les objets qui s'y trouvaient, appartenant aussi bien aux collecteurs d'impôts qu'à n'importe quel particulier. Tout ce butin fut jeté dans un grand feu allumé avec ce la paille, avec des sièges et les bancs de ces mêmes baraques et il fut brûlé et réduit en cendres par le peuple au milieu des rues et des places voisines."

 

 

Calandretas - 30 ans de creacions pedagogicas.

 

pau.jpg"(...) Perqué pas aprofiechar del fach que bona part dels mainatges de las escolas coneisson e parlan encara ço qu'om designa del nom grossièr "le patois"? Aquo seria pas per negligir lo francés: seria un biais de l'aprene mai, al contrari, en tot lo comparar famuiliarament, pel vocabulari, la sintaxi, los mejans d'expression amb lo lengadocian et lo provençal. Aquo seria, pel poble de la França del Miègjorn, lo subjècte de l'estudi lingüistic mai viu, mai familiar, mai drud per l'esperit. (...) Jean Jaurès - 15 août 1911 -"

 



 

 

Commenter cet article